[Interview] L'avis de Julien Flot sur l'affaire Société Générale
L’affaire de la Société Générale, c’est une perte de 5 milliards due semble-t-il à un trader aventureux, et 2 milliards perdus en bourse. Une affaire compliquée mêlant une grande banque française, la crise américaine des subprimes, et le marché des actions et prises de risques en bourse.
Julien Flot, auteur du blog Graphseo, nous donne son avis sur la question.
• Peux-tu nous expliquer comment travaillent les traders et quelle est leur place dans l’activité d’une banque comme la Société Générale ?
» Tout d’abord les traders sont familièrement appelés golden boys, ils gèrent plusieurs millions et milliards et finissent finalement par ne plus avoir la notion des sommes qu’ils gèrent. Ce sont des négociateurs engagés par une banque comme la société générale mais dans un service à part: l’asset management. Ce sont des spéculateurs, leur but et de maximiser les profits en très peu de temps et donc d’anticiper les fluctuations boursières. Ils sont donc tenter par cette maximisation de jouer sur des produits à risque comme le marché des dérivés qui ressemble d’ailleurs plus à un casino !
Dirk Miller, le visage de la crise
• On parle beaucoup des 5 milliards et quelques de perte de Jérôme Kiervel. Comment un salarié de la banque a-t-il pu perdre autant, et quels sont les moyens de contrôle ?
» Je pense que le contrôle est là mais que ces traders ne sont pas à blâmer. Si la banque leur laisse gérer autant d’argent à eux seul, c’est qu’elle sait ce qu’elle fait. Je pense que tant que les traders gagnent elle ferme les yeux sur les sommes astronomiques placées à risque. Mais quand la perte arrive ça fait vitre très mal sur un marché dérivé.
Soit dit en passant , Monsieur Kerviel perd 5 milliard sur une somme de 50 milliards soit disant soit 10%. C’est une perte plutot acceptable sur un marché dérivé et même courante. Les moyens de contrôle sont là et 50 milliards placés sur un marché c’est dur à cacher mais tant que l’on ne perd pas peut être ferme t-on les yeux sur ces pratiques. Je pense que toute cette histoire est d’une hypocrisie totale. Les traders sont sous pression pour gagner beaucoup et vite, ce sont des dieux de la finance, ils savent gagner et c’est pourquoi les banques leur laissent gérer autant d’argent. Une perte de 10% n’est pas énorme et aurait pu etre rapidement récupérée. Je pense que le loup est ailleurs !
• Les 2 milliards d’euros correspondent-ils aux pertes générées par la chute de l’action en bourse ?
» Non, je doute que les traders jouent des sociétés bancaires réputées défensives, de toute façon l’analyse de l’action montre clairement une tendance baissière sur l’action depuis l’automne dernier. On ne spécule pas sur une banque. Je pense que la crise des subprimes a tout simplement plus impactée la SG que prévu et annoncé officiellement. La banque veut éviter de perdre la face fasse à ses actionnaires pris en flagrant délit de mensonge. Là encore ça n’engage que moi. La finance est un monde opaque ou la réalité des actions n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Daniel Bouton, PDG dans la tourmente – Reuters
• Les rumeurs de rachat de la Société Générale par la BNP sont-elles fondées ? Est-ce un risque pour la banque, et ses clients ?
» Ca serait une bonne chose. Cela permettrait de centraliser le réseau bancaire français et d’avoir un très grand groupe mondial. Le risque serait d’être racheté par une firme étrangère.
• L’affaire de la Société Générale s’inscrit dans un contexte boursier agité, dû au marché américain (notamment). Pourrais-tu nous l’expliquer en quelques lignes ?
» Lorsque les mauvaises nouvelles s’amoncèlent, une mauvaise nouvelle de plus ou de moins n’y changent finalement pas grand chose. C’est quand tout va mal qu’il vaut mieux annoncer un énième préjudice. Celui-ci aura moins d’impact que si l’avenir semblait rose.
• Selon toi, quelles sont les perspectives boursiers et économique de ce premier trimestre 2008, à l’échelle mondiale et française ?
» Comme prévu, l’économie US ralentie, et la baisse des taux US de la FED* n’y changera rien pour 2008. Il faudra attendre l’été 2008 pour que la baisse des taux ait une répercussion sur l’économie US et qu’elle reparte. Cette baisse aurait du être faite depuis l’automne dernier, La FED n’a pas su anticiper la récession. Elle intervient trop tard maintenant. La bourse restera plombée jusqu’au printemps.
* Réserve Fédérale des Etats-Unis
Néanmoins il y a de bonnes affaires, des soldes. Même si la bourse est chahutée, on peut dire que le marché est relativement peu cher par rapport aux bénéfices des sociétés. Même si ceux ci baisseront par rapport à 2006, le marché reste globalement sous valorisé ce qui était le contraire en 2000. Je ne vois pas un krach mais seulement une consolidation, une prise de conscience que le marché avait superformé jusqu’alors, en grande partie à cause de la spéculation. La fin de cette spéculation entrainera un marché plus sain jusqu’au retour de la confiance et donc de la spéculation.
La bourse c’est un cycle, il suffit d’admettre sa rationalité et de se débarrasser de toute psychologie…
La bourse de New-York – Emmanuel Dunand AFP/Archives
Merci à Julien d’avoir éclairé nos lanternes !
La semaine prochaine, c’est une blogueuse qui sera cette fois à l’honneur ; Elle nous donnera son point de vue sur les élections aux USA.
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