Mercredi 23 janvier, le Sénat conviait plusieurs entrepreneurs du Web à une Conférence sur le thème des micro-revenus. BlogBang en était, évidemment, représenté par Julien Braun mais aussi par un membre de la communauté : Et c’est Axel Karakartal, qui tient l’excellent blog Page2007. qui s’y est collé.

Il nous fait aujourd’hui le plaisir de publier un rapport complet sur cette intervention au sommet, et soulève au passage d’intéressantes questions sur les revenus du Web et la monétisation des blogs… A lire - vite - ci-dessous.

Dans le cadre du débat national sur le pouvoir d’achat, Club Sénat proposait mercredi 23 janvier d’explorer la piste des “micro revenus” issus du monde numérique.

Directeur de Blogbang, Julien Braun était invité, et me proposait de participer en tant qu’affilié du site.

Etaient présents, autour du sénateur Joël Bourdin, Vice-Président de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation:

François Bieber, Directeur de NetAffiliation, et un affilié.
Aymeric Chotard, Directeur 2xMoinsCher, et une affiliée.

Jérôme Bouteiller animait.

Club Sénat : Conférence sur les micro-revenus

Photo : Jérôme Bouteiller

Brève présentation de chacun, puis Jérôme Bouteiller se préoccupe de la réalité économique et du cadre législatif des micro-vendeurs.

L’affiliée d’un site de e-commerce explique qu’elle cesserait de vendre le moindre produit s’il fallait passer par un enregistrement administratif (fiscal, charges sociales…).
Le faible gain mensuel (quelques dizaines d’euro) ne justifiant pas, à ses yeux, tant de tracas.

Concernant les revenus marketing, ils sont souvent épisodiques et faibles les premiers mois pour l’affilié, qui met du temps à prendre conscience qu’il lui faudrait, au-delà de la simple déclaration des revenus au fisc, passer à un enregistrement administratif en bonne et due forme: numéro Siret, déclaration auprès de l’URSSAF en tant que travailleur indépendant, etc.

Face à ce problème du statut légal des micro-vendeurs sur Internet, le sénateur Joël Bourdin estime en premier lieu, pensant au cas de la jeune affiliée présente, qu’il faut plutôt compter sur une tolérance administrative, que construire un nouveau cadre législatif.

Néanmoins tout le monde a conscience qu’il est difficile de fonctionner dans ce flou. Un intervenant dans la salle rappelle qu’une agence de pub ne peut théoriquement verser d’argent sans facture professionnelle fournie par l’affilié.

D’autres travaux seront nécessaires pour approfondir le sujet juridiquement.

Alors candidat, l’actuel Président de la République avait publié en 2007 une tribune sur la micro-activité numérique, “La France à l’ère numérique“. Je l’évoque en quelques mots en réponse à une question de Jérôme Bouteiller. J’ai retrouvé le texte, dont voici les lignes principales:

“Pour faire le pendant avec l’exonération de charges fiscales et sociales sur les heures supplémentaires, les revenus tirés d’une activité numérique personnelle seront exonérés de charges sociales et fiscales dans une limite à définir.

Au-delà, un statut simplifié de micro-entreprise numérique permettra à ces activités de croître et de se développer.”

Ces promesses électorales étaient justifiées par le marché de l’emploi :

“Avec un potentiel d’au moins un demi-point de croissance supplémentaire, l’économie numérique est l’un des moyens que je veux utiliser pour vaincre le chômage. C’est une économie de talents, la France en est très largement dotée, elle ne sait simplement ni les utiliser, ni les retenir. Elle les bride. Je veux les libérer.”

Et le candidat Nicolas Sarkozy d’ajouter :

“Il n’y a pas d’économie sans travail. Mes engagements pour vaincre le chômage et réhabiliter le travail sont au cœur des besoins de l’économie numérique. Elle gagnera en compétitivité grâce à l’exonération des heures supplémentaires de charges sociales et fiscales, au contrat de travail unique, à la réforme de l’imposition qui pèse sur le travail et les entreprises.Mais le numérique, ce sont aussi des emplois plus qualifiés, mieux payés. Je veux que l’accès y soit facilité. Pour cela je réformerai les nomenclatures des formations et des métiers pour qu’elles correspondent mieux aux réalités des professions de l’internet et du numérique et prennent en compte les multiples spécialités qu’elles recouvrent, et je ferai du doublement du nombre de télétravailleurs un objectif prioritaire tant celui-ci représente une opportunité d’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail.

Internet est une chance pour réhabiliter l’effort, le goût du risque, et augmenter le pouvoir d’achat. Sur internet, chacun peut créer son activité et en vivre. Nous le voyons tous les jours. Au lieu de l’étouffer, je ferai en sorte que l’Etat facilite, incite et soutienne ce foisonnement de micro-initiatives.”

Plus beaucoup de nouvelles depuis.

Comme je l’interrogeais il y a quelques semaines, un responsable numérique proche du Président avouait qu’il fallait bien réfléchir aux implications fiscales, administratives, législatives, sans précipitation…

“Work in progress” donc. Ce sera sans doute au programme du futur “Secrétaire d’Etat à l’Internet“, que certains attendaient en janvier, qui viendra peut-être après les municipales.

Dans les faits, la notion de “micro-revenus numériques” regroupe des situations assez disparates, bien représentées par le tour de table de Club Sénat.

Quatre grandes catégories d’acteurs impliqués:

- ceux pour qui les micro-revenus sont vraiment micro…scopiques. L’étudiant qui gagne 10, 20, ou 30 euro chaque mois. (Et beaucoup d’acteurs s’investissant peu gagnent encore moins: quelques euros ou …quelques centimes).

- ceux qui, s’investissant davantage, parviennent à dégager un gainappréciable de pouvoir d’achat: quelques centaines d’euro.
On entre ici dans le cadre qui intéresse les pouvoirs publics, préoccupés de l’amélioration du pouvoir d’achat.
Pour ces situations intermédiaires se pose le problème du statut légal approprié, notamment sur la question des charges patronales.

- ceux pour qui cette activité complémentaire réussie est vécue comme une étape vers une activité à temps plein dans le domaine. Ils sortent alors progressivement du micro-revenu supplémentaire, pour devenir des micro-entrepreneurs générant un gain principal.

- enfin, ceux qui développent des services de micro-revenus numériques, et peuvent être, au départ, de grands groupes, ou sont des start-up.
Ainsi Aymeric Chotard, Directeur 2xMoinsCher, explique avoir commencé son entreprise avec des copains dans une chambre de bonne.
Tandis que pour Blogbang il y a, dès la naissance du projet, l’investissement d’un grand groupe: Publicis.

Naturellement on peut passer d’une catégorie à l’autre au fil du temps.

Le directeur de NetAffiliation évoque l’histoire heureuse d’un boucher passionné d’Internet, passant progressivement du micro-revenu à une activité à temps plein. Aujourd’hui, il n’est plus boucher, et gagne confortablement sa vie sur Internet.

Je rebondis sur son exemple, et rappelle le thème à la mode pendant la campagne présidentielle, des deux côtés de l’échiquier politique : “Faire émerger une France d’entrepreneurs“.

Mais créer une entreprise reste un acte lourd.

De fait, beaucoup d’entrepreneurs du Net sont issus d’HEC ou d’autres écoles de commerce. Ainsi Loic Le Meur, qui se fait volontiers l’évangéliste des débouchés importants que représente la création d’entreprise sur le Net.

Loic a trouvé sur Internet un débouché, mais il est au départ formé à l’entrepreneuriat.

Pour qui n’a pas suivi au départ une telle formation, le passage à la création d’entreprise est difficile. Commencer par une activité générant des micro-revenus est une bonne occasion de tester le terrain, se former au contact avec des “clients”, évaluer l’offre et la demande, prendre conscience de la concurrence, sans prise de risque ni investissement préalable, sinon un peu de temps chaque jour.

Les gains devenant au fil du temps plus importants permettent de dégager davantage d’heures de travail pour cette activité, dans un cercle vertueux.
La valorisation visible de cette activité permet également de convaincre des partenaires.

Outre l’amélioration du pouvoir d’achat et la création d’emplois, la micro-activité numérique a ceci de prometteur, de permettre une réconciliation de la passion individuelle et de l’emploi.

Autrefois, avoir un hobby était une activité coûteuse. Avec Internet, il est possible de monétiser une passion, un domaine d’expertise personnel.

Une passionnée de cuisine ouvre un blog, se fait plaisir, et gagne peu à peu du pouvoir d’achat en vendant de l’espace marketing, car elle aura su séduire de nombreux consommateurs, devenus lecteurs de son blog.

Difficile de dire combien d’Internautes en France pourraient générer quelques euro, quelques centaines d’euro, quelques milliers d’euro…

Pour un blog, il faut plusieurs centaines de milliers de visiteurs uniques mensuels, pour espérer un gain substanciel de pouvoir d’achat (quelques centaines d’euro).

Pour en vivre à temps plein, il faut environ un million de visiteurs chaque mois.

On ne peut donc vendre cet objectif comme un rêve accessible à tout le monde.

Malgré tout, j’ai le sentiment qu’on est au tout début des blogs, qualitativement parlant, à défaut de numériquement.

Les millions de blogs d’ados se déplaceront sur Facebook et autres réseaux sociaux.

Mais parallèlement, des blogs davantage professionnalisés vont apparaître, ils généreront du revenu pour leurs auteurs.

Monétiser sa passion personnelle en créant un blog permet de “gagner plus, en travaillant plus“, avec une notion du travail différente, beaucoup plus stimulante qu’un travail d’employé.

Enfin, l’aspect intéressant de l’économie numérique, est la possibilité de choisir son lieu de travail.
Le développement de l’activité numérique rejoint les objectifs environnementaux : limiter les déplacements quotidiens, déconcentrer les villes.

Ces potentialités restent soumises à l’implication des annonceurs.

Julien Braun explique qu’à la différence des régies travaillant avec un petit nombre de diffuseurs de masse, Blogbang s’inscrit dans une démarche “longue traîne“, pariant sur l’audience cumulée de milliers de petits blogs.

Dans un premier temps, les annonceurs sont en phase de test de ce nouvel outil de diffusion. Les budgets des campagnes sont encore limités, et inévitablement fragmentés entre tous les micro-diffuseurs.

Au-delà des questions d’argent, Julien évoque la vocation de Blogbang, de devenir une communauté, et non simplement une régie pub. Le sujet déborde du cadre des “micro-revenus”. Lucie, “Community Manager @ BlogBang”, aura l’occasion de nous en reparler.

Axel, Page2007

Merci à Axel d’avoir si bien résumé cette intervention.

Cette Conférence montre l’intérêt du gouvernement sur la question des nouveaux moyens de communication “individuels”. La réunion a d’ailleurs souligné les perspectives intéressantes d’un nouveau secteur, celui du micro-entreprenariat. Elle a également permis d’aborder avec doigté les questions d’ordre “fiscales”.

Reste à savoir si cette phase d’observation aboutira à un soutien de la loi en faveur des micro-revenus - La question reste à l’étude…