Grippe A, Treiber et stress en entreprise
On ne saurait dire si les 3 sont liés – En tout cas, ils font les gros titres de tous les journaux télévisés du moment, ainsi que ceux de la presse. Avec une variante en ce qui concerne Treiber, parfois remplacé par du Musulin, ou même du meurtre maternel, c’est selon – Tout dépend si l’on préfère parler d’argent ou de fait divers bien glauque. Question d’équilibre.
Parlons stress au travail : C’est le thème bankable du moment.
On pense immédiatement à quelques grandes structures en particulier. En réalité, ce sont toutes les entreprises qui sont concernées, celles où, comme les chats trop pudiques, on se cache pour mourir.
Depuis que France 3 a osé le reportage mi-morbide mi-parano sur le stress en entreprise, on s’agite. Mais on ne creuse pas trop ; On risquerait de devoir tout remettre en question – Il serait plus sage de faire comme les joueurs en Bourse, faire le gros dos et attendre que le grain passe. Notre époque est oublieuse.
Tant mieux.
Qui croire, finalement ?
Ces sondages dont on parle au JT et qui nous décrivent des salariés sous pression, terrifiés à l’idée de perdre leur emploi ? Ou les études d’un des derniers numéros de Challenges, qui publiait justement un dossier sur ce thème ? Chiffres à l’appui, on y montrait que si les salariés étaient stressés, ils n’en aimaient pas moins leurs entreprises, en étaient fiers et faisaient confiance à leur direction…
Comment peindre le malaise, comment donner les couleurs du réalisme et tenter de concilier toutes les couches sociales, tous les secteurs, toutes les manières de travailler, toutes les tailles d’entreprises, toutes les combinaisons possibles, tous les français dans un graphique ?
Quel jour choisir pour poser la question fatidique ? Le lundi, le vendredi, le jour où un collègue devient fou, le jour où l’on reçoit sa prime, le jour où l’on signe son CDI, le jour de sa démission ?
Au fond, le problème n’est-il pas dans la façon de gérer ce stress ? Stressés, mais productifs, c’est ce que l’on nous a enseigné, et probablement ce qui a hissé la France au 2ème rang mondial des pays où l’on a la plus forte productivité horaire (*). Et le stress n’est pas une mauvaise chose au travail – Un peu comme le bon cholestérol.
Ce qu’on a oublié, c’est probablement cette notion de dimension humaine dans l’entreprise, au travers d’une hiérarchie qui, parfois, n’assume plus ses responsabilités. Les grandes entreprises souffrent peut-être d’une ossature trop lourde qui les freine, et pourtant elles ont les os fragiles.
Le stress a le dos large. Et les équipes, elles, deviennent difformes. Trop de têtes et pas assez de bras ? Ou pas assez de liaisons nerveuses entre les deux ?
La communication interne est un enjeu majeur que l’on a mis de côté sous prétexte qu’il fallait absolument se tourner vers l’extérieur, vers le client-roi – Et comment aller contre, quand on l’est soi-même, défini en tant que tel et selon sa consommation ? Ce serait se nier. On a pensé pions, on a pensé salariés interchangeables, et l’on a oublié que si les mouchoirs jetables sont pratiques, ils sont aussi beaucoup moins économiques à long terme.
Libérer la parole en entreprise, c’est peut-être une solution toute simple, probablement naïve, mais nécessaire. Et l’on ne parlera pas ici des fameux stages de mise à niveau et de communication, qui n’ont d’autre but que de calibrer des salariés tous semblables. De la diversité des regards, des expériences et des attitudes nait la richesse, surtout dans le giron d’une entreprise.
Mais pour cela, il faudra accepter le fait que chacun a un intérêt à travailler pour tous, et pas contre les autres.
Ou attendre une autre vie.
Tags: Actu & Société, Gabriel


Tu boudes encore pour cette histoire de cuillère?! Reviens parmi nous Gab! Nous le prendrons ce café ensemble!
Mais en effet, je trouve que tu as raison… Le problème, c’est le temps.
Le temps que tu passes à adhérer au jeu social de l’entreprise, dans sa portée positive, c’est celui que tu ne passes pas à travailler. Sans vouloir insister là-dessus, rester à la machine à café, ça permet à tout le monde de décompresser et de considérer le travail comme un rassemblement de personnes qui nous ressemblent au fond (ou par moment). Le problème, c’est qu’à trop y être, on finit par devenir La personne à qui ne pas ressembler…
Pour autant, je ne suis pas très tentée non plus par ta solution de l’autre vie pour cette vie-là…
Je vais méditer tout ça ce soir, ne tente rien jusqu’à demain!
LIly