Tic Tac Tic Tac… J’en ai des tocs!
Vendredi 12 février 2010
« J’ai le temps de rien » qu’ils rabâchent tous ! Si seulement c’était vrai… Mais aujourd’hui, connaissez-vous quelqu’un qui laisse une place au rien, au vide, à la méditation dans sa vie ? Non, aujourd’hui, quand on n’a rien à dire, on a au moins toujours un lien, une vidéo à forwarder ! Ce n’est pas le temps qu’on a pris à formuler une pensée qui prime, mais la rapidité avec laquelle on fait suivre celle des autres, remise ou pas à notre sauce. Aujourd’hui, on share, on retwitt, on a besoin d’être là, gratuit, disponible, et rapide. Mais, sincèrement, ça a une chance de fonctionner avec l’être humain ça ? Quand on est, par nature, pas disponible pour tout ce qui n’est pas nous, qu’on passe notre vie à vouloir que tout se paye, et que malgré slimfast et lexomyl, notre corps a gardé des besoins naturels pour vivre ?
Attention, l’idée n’est pas de jouer les ados révoltés et de courir mettre un disque d’Hendrix à fond en s’insurgeant contre les personnes aux cheveux propres, ni de critiquer par principe, comme les adultes « bien pensants » protégeant leur égo du soleil des autres derrière un mur de lâcheté. Non, ici, on assume notre côté « toutou tout-terrain », qui inspecte pour réagir au mieux! Parce que si nous en sommes à nous envoyer chaque semaine 3,5 milliards de liens sur Facebook, c’est bien qu’on a envie de parler et qu’on prend le temps de le faire savoir ! Mais pourquoi ? Pourquoi tant de récidives? Que cherche-t-on qui ne semble pas venir ?
Peut-être que les mots qui restent ou ceux que l’on attend se découragent dans les embouteillages de tous ceux que l’on gaspille ? Car au fond, il faut toujours les mêmes mots, simples et éternels, à nos petits corps perdus, pour leurs faire rugir l’âme sous le capot ! Le problème, c’est que ces mots-là ne s’obtiennent pas comme ça. On n’obtient pas des « je t’aime » en 3 mails, ni des « bravos » du big boss en 2 changements de status. Le temps mes chers, le temps seul permet de construire et récompense l’effort. Pour autant, quand aujourd’hui on essaie de le berner, il se défend.
Que je m’explique encore : mes « to do lists » s’étirent. Pas le temps, plus le temps, pourtant de temps en temps, il faudrait réfléchir. Je ne suis pas la première à le dire, le temps c’est de l’argent, et vu la situation financière globale, notre impuissance face à l’universel et insatiable défilé de minutes en atteint plus d’un. En fait, le problème, est double : on ne veut plus prendre le temps, et on s’appuie pour cela sur le fait que le temps a changé. L’éloge de la paresse, c’était pour les générations non virtuelles ! Nous, vous comprenez, notre ordi n’a pas de coucher de soleil !
L’ordi n’a effectivement pas besoin de pause (normalement…), mais qu’en est-il de l’être humain ? Là, on est moins sûr du code binaire de nos cellules… Du coup l’adéquation entre les deux se complique, et face à l’ontologie, nous sommes (étonnamment) bien impuissants. Nouvelle révolution post-moderne ? Nous avons voulu maîtriser le temps, et nous nous faisons avoir. Aujourd’hui, je suis censée pouvoir organiser mon temps exactement comme je le souhaite, plus de barrière d’horaire ni de lieu, je suis joignable à tout moment, et mes interlocuteurs aussi. Seulement, mon corps et mon esprit sont-ils préparés à cette posture ?
Combien de fois ai-je entendu cette phrase : « Je lui ai envoyé un sms y’a 30 minutes, pas de réponse, je lâche l’affaire ». Où est passé le temps où c’était normal de ne se parler au téléphone qu’une fois par semaine, où l’on attendait une lettre, où les relations s’installaient dans la durée, à un rythme… : humain ! Aujourd’hui, si je fais une insomnie, je ne me sens plus comme un phénomène de foire isolé, je me connecte sur facebook, et je trouve bien une dizaine de détraqués comme moi, avec qui parler. Alors oui, ça rassure sur le moment, mais finalement, je n’essaie pas de me rendormir, et encore une fois, c’est le corps qui pâtit de la virtualité. Le virtuel a besoin de réel et vice versa, nul besoin d’aller chercher les exemples trop loin, ils sont là, chaque jour, tout le temps.
Trop de temps possible et aménageable, finalement, ça limite notre capacité à en profiter, parce que ni notre corps ni notre esprit ne peuvent vraiment s’adapter à cette vitesse technologique et inhumaine puisque non-humaine. Eloge de la paresse non, mais éloge d’un temps à notre échelle. Ayons moins peur d’accorder du temps à l’incertain, à l’autre, d’en donner sans réponse immédiate. Prenons donc le temps du rien, des petits riens aussi, et je crois qu’on statuera plus vers l’essentiel au final, parce qu’on aura pris le temps de le définir… Allez tic tac tic tac, mes mots s’étirent et revoici les tocs : come on let’s twitt again!



